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Médialogue

23 avril 2015 4 23 /04 /avril /2015 13:00
1er Mai 2015


R.D.V du 1er Mai 2015,
10 heures à Compiègne.
Cours Guynemer



Déclaration des organisations syndicales CGT, FSU, Solidaires, Unsa.

Le 1er mai, journée de solidarité internationale des travailleurs, aura cette année une dimension européenne particulière.
Dans beaucoup de pays européens, les populations subissent des politiques d’austérité et de réformes, réduisant les droits des travailleurs et leur protection sociale. Il faut stopper ces politiques et investir pour des emplois de qualité et une croissance tenant compte des impératifs de développement durable.
La Confédération européenne des syndicats (CES) a décidé de faire du 1er mai une journée de mobilisation unitaire et convergente des salarié-e-s, retraité-e-s et des chômeurs-es partout en Europe.
Les organisations syndicales françaises affiliées ou non à la CES, CGT, FSU, Solidaires et Unsa, appellent à y participer pour :
• promouvoir la protection sociale
• combattre et réduire le chômage
• permettre la création d’emplois
• développer les investissements pour relancer l’activité économique
• promouvoir les services publics
• améliorer les salaires, les retraites, les pensions et les minima sociaux et promouvoir l’égalité salariale femmes-hommes.
Elles réaffirment, dans la suite du 11 janvier, que la démocratie, la république, la paix, les libertés de pensée et d’expression sont des biens communs qu’elles sont décidées à défendre face à tous les totalitarismes, aux discours haineux, aux tentatives de division et de stigmatisation.

La convergence des mobilisations partout en Europe ce 1er mai sera un signe fort adressé aux différents gouvernements et aux patronats pour exiger une construction européenne fondée sur le progrès social, s’appuyant sur le renforcement du dialogue social et des droits sociaux.

Les organisations syndicales CGT, FSU, Solidaires et Unsa appellent à la réussite des nombreuses manifestations unitaires qui seront organisées dans tout le pays le 1er mai 2015, sur la base de cet appel.

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11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 16:00

    drcc-copie-1.jpg   
D
e ma fenêtre, se profile peu à peu un nouvel horizon.
Il est temps de prendre une dernière photo du grand bâtiment blanc.

Encore quelques jours, et le hall du recuit continu d’Usinor Sacilor Montataire sera totalement rasé, 
et son Haut sous-sol - fondé sur un hectare de radier - comblé.

Sur cette image se profilent encore quelques tôles de bardage, poutres et charpente métallique.
Dans ces décombres, encore debout, le fameux « DFF » qui offrait au processus du recuit continu de nos bobines d’acier, un premier traitement technique de la tôle 
par flammes directes.

Dans l’usine de Montataire, il était d’usage d’appeler ce bâtiment : le Bateau !
En effet, proche de la rivière « Oise »,  l’outil se dessinait certes avec  une grande cheminée,  mais l’appellation  venait surtout de la vapeur qui se dégageait de « l’aéro-frigérant ».

Toute cette vapeur indiquait aux hommes du service,  « Les Recuisseurs », la vitesse de ligne ou le format de la tôle qui passait sur l’outil, cela avant même que ces « fabricants » prennent leur poste.

Par ailleurs, à la mise en route de l’installation, les opérateurs descendaient quelques escaliers en sortie ligne comme les marins le font encore dans quelques coursives de leur navire.

En 1986, cette installation du Recuit continu était en – Europe - révolutionnaire.
Elle remplaçait le « recuit base », un outil où l’on empilait des bobines d’acier les unes sur les autres pour ensuite les recouvrir avec de grandes cloches d’acier, où par la suite après une chauffe au gaz, on opérait une restructuration physique de l’acier par recuit .
Le recuit Continu, lui, offrait la possibilité de souder les bobines les unes derrières les autres afin de les faire défiler dans un processus de fours en continu – Dff, RTS, Four de Maintient, Roll-quench, Surviellissement1, et 2, refroidissement final avec en prime quelques outils de parachèvement tels que Skin-pass, cisailles de rives et 
coupe à longueur.
Symbole de « Plus value extra », sur un même temps de travail, on augmentait la production de produit d’acier plat et fini par 10.

 
 
N
otons que l’installation fut totalement payée avec nos impôts des années 90.
Sa mise en route a également été opérée en étroite coopération avec l’industriel japonais NKK.

Il faut donc se souvenir  qu’en 1984, la sidérurgie Française, suite à la faillite
de ses actionnaires capitalistes, a été totalement renflouée par l’état français.
Qu’auparavant, la chute de l’acier français et européen s’est traduite par des fermetures de sites et d’unités remarquables dans le nord de la France
( Denain par exemple), en Moselle et en Lorraine ( Longwy pour autre exemple).
Cela a été le temps de fortes luttes syndicales et salariales.

Et si on se souvient facilement du folklore de la chanson « le Chiffon rouge » ou de la radio libre « Lorraine cœur d’acier »,  les 
salarié-es savent rarement que ces luttes ont permis de construire pour l’ensemble du salariat français de nouvelles protections sociales, à savoir que depuis ces années 80, sur un motif économique au delà de 50 salariés, un employeur ne peut plus licencier sans mettre en place des mesures de reclassements.
Evidemment depuis, le patronat et différents gouvernements révisent peu à peu cette législation sociale.
A nous de veiller que nos droits et pouvoirs ne régressent pas encore.
A nous de souligner que nos toutes nos luttes font  
tôt ou tard évoluer ces droits.

justice

Reste qu’en 2004, l’annonce opérée par Arcelor (1)  de fermer l’outil du Recuit continu et son amont direct,  celle du Décapage laminage  (DKPL), aura l’effet d’une nouvelle casse territoriale et industrielle.

Face à ce mauvais plan, la CGT propose de travailler à d’autres choix, et au contraire d’implanter d’autres installations sur le site de Montataire en visant des secteurs  
autres que l’automobile.
Les différents objets du projet cégétiste  
sont fiables mais ils seront par la direction d’Arcelor opérés concrètement sur d’autres sites.
Reste que l’initiative de la CGT
, de mettre en débat un autre projet d’industrialisation, de ne pas se battre uniquement pour l’amélioration d’une « prime de départ », marque les esprits et les actions.

Fin 2004
, aux élections professionnelles suivante, la CGT
- après sa chute de 1988 - redevient la première organisation syndicale du site et le demeure en progressant depuis.
Jean Pierre Besse, un historien local de l’association « AMOI » n’a hélas pas pu écrire la suite de son histoire des Forges et de son syndicalisme.
Gageons qu’en 2015, la CGT fêtant ses 120 ans, le syndicat d’Arcelor Mittal Montataire nous 
transmettra plus amplement ces autres faits de cette histoire commune.

2015-04-10 10.28.17

E
n ce 11 avril 2015, reste  cet objet inanimé du DFF.
 
Cette dernière photo prise à l’extérieur du site, n’est nullement un réflexe de survie.
Elle marque le fin d’une mise en cocon où ici comme ailleurs, des lignes de fabrication sont mise en sommeil pour que chacun des ses composants soit recensé, protégé sous emballage, puis redistribué - ou pas - sur d’autres sites, voire revendu à des « fabricants en devenir ».

Elle souligne que la moitié du site de Montataire gérée par la société immobilière d’Arcelor Mittal clôt peu à peu fiscalement le dossier de ses impôts afférents.

batsusinor-copie-1.jpg


Ainsi les autres « bâtiments » d’Usinor ou de
la Sollac, ont accueillis des services du groupe initialement basés à St Denis et les Halls abritent encore quelques autres prestataires, tel que la société « Prosimo » 
fournisseur de matériel d’emballage pour parachèvement.

Au nord du site, visible du nouveau rond point et passage à niveau des forges de Montataire, le design d’acier du  
Centre de Recherche d'Applications Automobile    .
Il compte à ses effectifs quelques 100 personnes.
Quant à savoir si Arcelor Mittal 
travaille en synergie avec d’autres industriels à l’avenir de nos futures automobiles électriques, rien ne transpire sur ce sujet !


Pour les amateurs d’histoire et de patrimoine, révélons que situé au  bord de la rivière du Petit Thérain, le Craa a remplacé une  petite chapelle confessionnelle 
où dans les années 1900, le patron des Forges et ses contremaîtres allaient tous le dimanche.


chapelle usinor-copie-1

Du Craa, traversez le pont au dessus du cours d’eau, et vous êtes de nouveau chez Arcelor Mittal Montataire :
3 lignes de galvanisation continuent de revêtir de Zinc la tôle d’acier issue des laminoirs de Mardyck ou Florange.
1 ligne de Laquage, quant à elle, y ajoute encore quelques millimètres de couleurs sur quelques kilomètres de nos tôles.
400 personnes aux effectifs de cette métallurgie locale assurent - en dépit des diverses réorganisations de l’employeur visant à réduire les coûts de productivité et de main d’œuvre – une prestation malgré tout de qualité et professionnelle !
   
La population du site est cependant fortement vieillissante. Les récentes embauches, une cinquantaine de CDD ou CDI ne suffisent pas à combler les récents départs en retraite et à anticiper les divers transferts de compétences alors même qu’un accord GPEC (2) devait faciliter ces échéances !

Notons que la marche des outils s’opère également avec une utilisation outrancière d’intérim 
- dans le sens où la précarité de ces salariés peut perdurer depuis plus de 15ans sur des postes différents ou avec des employeurs différents chez les sous-traitants.
Citons quelques uns de nos sous traitants : ISS logistique, Sécométal, Endel, Arevia, Onet, Sodexho,  avec pour certains de ces salarié-es, plus de 45 ans d’exercice sur le site de Montataire.

18n
 

 

E
n avril-Mai  prochain, le photographe Pierre Gilson - entre autres(3) - exposera à Creil son travail sur les friches industrielles.
Cependant il n’a pas reçu l’autorisation de pousser la porte de l’usine d’Usinor / Arcelor.
Si le travail de Gilson est admirable, nous préférons dans notre cas, à ce que l’image de notre Usine ne se résume pas à l’évocation de fantômes.

Par ailleurs, nous n’accepterons jamais le discours mensonger de notre employeur, et son travail de « mise en scène » devant d’autres photographes quand ce dernier porte atteinte à notre « Droit à l’image », liberté fondamentale de tout individu.


Jamais nous ne déléguerons  la mise en mémoire de nos outils, collègues, expériences et Histoire.

Et à 
la question du poète Lamartine, cher au photographe Gilson:
 « Objets inanimés avez-vous une âme ? »

Nous invitons le poète Fernando Pessoa et citons:  
« Les choses n’ont pas de signification. Elles ont une existence. »



Merci de votre lecture ou commentaires
Alain POUGET





-
(1)  lNouveau nom de la Sollac, ex -Usinor Sacilor, après reprivatisation du groupe et fusion avec Arbed et Aceralia en 2002.
(2) GPEC : Gestion prévisionnlle des emplois et compétences.
(3) Notez : Usimages . premier festival de la photographie industrielle. 16 expos dans le bassin creillois.
http://www.agglocreilloise.fr/la-communication/bibliotheque-de-la-com/doc_download/692-programme-des-expositions-usimages-2015

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7 avril 2015 2 07 /04 /avril /2015 17:27

 


19 ème jour de revendication ....


La direction de Radio France a annoncé un budget en déficit de 20 millions d’Euros.
Les salariés protestent contre un plan de suppression de 300 emplois, contre les menaces de fermeture d’antennes, notamment locales, et les regroupements de services et les risques d’externalisation à la sous-traitance. Ils dénoncent un management de plus  en plus brutal.

Comme ailleurs, ce sont à la fois les emplois, les conditions de travail et le service public qui sont attaqués. Pendant ce temps le PDG a été pris la main dans le sac pour son train de vie inacceptable sur les fonds publics.


L’austérité est en marche aussi à Radio France ! Le SNJ-CGT appelle  à la solidarité avec nos camarades en lutte.

 


      Pour soutenir les salariés en lutte, signez la pétition :  http://www.convergencedesluttes.fr/petitions/index.php?petition=45&signe=oui



  Faites un don à la caisse de solidarité:
envoyez un chèque à l'ordre de :  "CCE Radio France Dons" 
à l'adresse suivante 
CGT Radio France pièce 7439 
116 avenue du Président Kennedy
75220 Paris Cedex 16.




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29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 16:10
La CGT fête cette année ses 120 ans d’existence, mais cela fait plus d’un siècle que l’on prédit sa disparition. Chargée du pilotage de cette célébration, Maryse Dumas revient sur l’histoire du syndicat, analyse ses difficultés et esquisse des voies pour sortir du rapport d’exploitation qui domine le travail.

               
dumashd

        

 
HD. La CGT a 120 ans. Est-ce une force ou un handicap ?        

MARYSE DUMAS. 120 ans, cela permet d’avoir du recul pour trouver comment surmonter les situations difficiles. L’histoire nous montre qu’à chaque fois, la CGT s’en sort en renouant avec le travail de terrain, en discutant avec les salariés pour repartir vers de nouvelles conquêtes. Les anciens résistants racontent qu’au début de l’Occupation, pour mobiliser les travailleurs, on parlait d’abord de leurs conditions de vie. Ce n’est qu’au fur et à mesure qu’a pu grandir l’idée de résistance à l’occupant et d’avoir de grandes conquêtes sociales. Certes, la période que nous vivons n’a rien à voir avec celle-là. Mais gardons cette leçon pour affronter le principal défi d’aujourd’hui: le fait que beaucoup de salariés pensent que le progrès social n’est plus possible.

HD. C’est le secret de la longévité ?

M. D. Si on avait dit aux quelque 50 délégués qui ont créé la CGT en 1895, à Limoges, qu’elle fêterait un jour ses 120 ans, je ne pense pas qu’ils y auraient cru! Ils sont partis des besoins de leur époque. Ils se sont affirmés comme l’émanation des ouvriers et se sont donné pour mission de faire reconnaître leur place dans le pays. Ils se méfiaient du suffrage universel au plan politique parce qu’il minorait le poids de la classe ouvrière. À partir de là, ils ont innové. La CGT a défini des règles démocratiques en interne, veillant à ce que même les syndicats ayant le moins d’adhérents aient voix au chapitre, presque à égalité avec ceux qui en ont un grand nombre. Car, pour créer les conditions d’un « tous ensemble » social, il faut être le plus unis possible au départ, être capables d’entendre toutes les diversités.

Il me semble que cette idée de démocratie syndicale a besoin d’être revisitée. Alors que l’abstention des ouvriers et des employés grandit lors des élections politiques, la CGT doit avoir quelque chose à proposer pour que ces catégories soient entendues.

HD. L’une des missions du syndicalisme, c’est donc de redonner la parole à ces catégories populaires ?

M. D. Ce qui transparaît du syndicalisme dans les médias, ce sont soit les luttes les plus dures, soit la partie très institutionnelle – les rencontres avec le président de la République, le président du MEDEF ... Soit la guerre sociale, soit les salons et les perrons. Or, l’action syndicale, c’est d’abord partir des salariés sur leur lieu de travail. Dans la réunion syndicale, en écoutant les autres, on se reconnaît soi-même. L’action syndicale, c’est de l’éducation populaire, c’est se former, s’affirmer en tant que personne. Apprendre à prendre la parole, dans un contexte où l’on est pourtant dans le cadre du rapport d’exploitation que concrétise le contrat de travail. Aller dire à son employeur « cela ne va pas, pour moi, pour mes collègues ... », c’est déjà participer à changer ce rapport de domination.

HD. Sur ces 120 années de la CGT, quelles sont les plus belles victoires que vous aimeriez mettre en avant ?

M. D. Paradoxalement, ce ne sont pas les victoires qui m’intéressent le plus. Il me semble que l’on apprend plus des périodes difficiles. J’ai toujours en tête une formule de Louise Michel: « Une aube se lève après chaque nuit. » Si la porte est fermée, on cherche la fenêtre; si la fenêtre est fermée, on cherche le rai de lumière par lequel on va pouvoir passer ... c’est ça, l’action syndicale.

HD. Quelles furent les périodes les plus sombres ?

M. D. Incontestablement celle de la collaboration. Pourtant, pendant la Seconde Guerre mondiale, il y a eu les grèves des mineurs (comme en 1941 – NDLR). Pendant celle de 14- 18, les midinettes (1) ont fait grève en mai 1917 sur la question des 20 sous, de la semaine anglaise, et arboré sur leurs pancartes: « Rendez-nous nos poilus! »

HD. La CGT est un syndicat confédéré. Ce défi est-il plus dur aujourd’hui qu’aux origines ?

M. D. Il y a 120 ans, l’idée de confédération n’était pas évidente. Pas plus qu’aujourd’hui. Mais pour des raisons différentes. À l’origine, l’organisation autour des métiers pouvait être un obstacle à l’idée de s’unir pour changer la situation de tous. Aujourd’hui, c’est du fait de la mise en concurrence des salariés entre eux. À l’intérieur des organisations corporatives, existait l’idée de solidarité. Désormais, les salariés sont des individus livrés à eux-mêmes, sommés sans cesse de réaliser leurs objectifs.

Au sein même de la CGT, il peut y avoir une tendance au repli sur soi des syndicats sur leur périmètre le plus proche: l’entreprise, la localité, le bassin d’emploi. Ce qui nuit à la confédéralisation.

HD. Que fait la CGT pour lutter contre le repli sur soi ?

M. D. Si on pense qu’il est possible de transformer la société, on cherche à s’unir pour créer des rapports de forces globaux. La Confédération travaille donc à des projets innovants: un projet de nouveau statut du travail salarié pour garantir des droits à tous depuis la première heure travaillée; reconnaître la dimension humaine du travail et faire que l’on se sente en situation de s’y épanouir.

Ainsi, on peut faire reculer la notion de marché du travail et, au final, celle de marché tout court.

Nous avons également un projet concernant la démocratie sociale:

une démocratie qui ne se réduise pas au bulletin de vote et permette aux salariés de contester la gestion de leur entreprise, et d’y imposer d’autres critères.

Troisième volet, le développement humain durable. Nous pensons que si on définit avec les salariés ce que l’on veut produire, comment le produire, si l’on distingue ce qui est utile aux besoins humains de ce qui ne sert qu’à satisfaire les actionnaires, on peut construire un autre avenir soucieux du devenir de la planète.

HD. Depuis quelques années, la CGT affiche clairement sa volonté de lutter contre la montée des idées d’extrême droite. Sans succès pour l’instant. Pourquoi ?

M. D. Nous menons une bataille importante contre l’extrême droite, mais nous sommes confrontés à un véritable entrisme: le FN tente par tous les moyens de phagocyter la CGT. Nous remarquons parfois que ses militants reprennent au mot près des pans entiers de nos tracts! Évidemment, ils ne reprennent que la partie dénonciation et laissent de côté nos propositions ...

HD. Pourtant, le FN n’adopte pas que vos constats, certains de ses mots d’ordre ressemblent de plus en plus à ceux de la CGT ou du Front de gauche: retraite à 60 ans, augmentation des salaires ...

M. D. Les mouvements populistes ont toujours adopté un discours social, qu’ils mettent au service d’une stratégie politique de division. Je ne veux pas faire de comparaison stupide, mais n’oublions pas que dans « national-socialiste », il y a « socialiste »... Quant au maréchal Pétain, il utilisait le concept de « révolution nationale » et promouvait une « charte du travail »... L’extrême droite a depuis toujours emprunté au vocabulaire de la gauche afin de capter le mécontentement des classes populaires. Mais, aujourd’hui, lorsque le FN parle de retraite à 60 ans, il ne précise pas comment il compte s’y prendre ... La question du capital est la grande absente de ses discours. Pour lui, l’ennemi, c’est l’immigré. Pour lutter efficacement contre l’extrême droite, il faut analyser précisément les raisons de son ascension. Il y a d’une part le racisme traditionnel, incarné de façon caricaturale par Jean-Marie Le Pen. Mais ce n’est plus un courant dominant au sein de l’électorat FN. Dorénavant, c’est surtout sur la désespérance et l’isolement que ce parti prospère. Désespérance, parce que bien des gens ne croient plus au progrès social et se sentent condamnés au chômage ou à la pauvreté. Isolement, car les citoyens ne se sentent plus appartenir à un collectif. Les organisations démocratiques, partis comme syndicats, ont reculé en force et en nombre d’adhérents.

HD. On ne croit plus au progrès social, avez-vous dit. Les études d’opinion montrent que les salariés sont généralement favorables à des mesures progressistes (hausse du SMIC, défense des retraites, etc .), mais qu’ils jugent ces mesures irréalistes. Comment les rendre crédibles ?

M. D. Commençons par aider les salariés à remporter des victoires sur leur lieu de travail: s’ils font la démonstration que la victoire est possible dans leur entreprise, autour de revendications « classiques » (salaires, embauches, etc ., alors ils auront plus de facilité à se projeter ensuite sur le plan national. Ce qui nous manque, c’est une multitude d’actions de boîtes sur de « petites » revendications. C’est à partir de cet échelon que nous pourrons reconstruire des luttes collectives. Le secrétaire général de la CGT et la direction confédérale viennent de définir un plan de travail pour rencontrer les syndicats d’entreprise avant le congrès, c’est la voie à suivre.

Cela nous amène à réfléchir sur notre mode d’organisation. Le lieu de travail est une chose, mais il y a aussi des millions de personnes qui sont demandeuses d’emploi. Il faut accroître la syndicalisation des chômeurs, nous tourner également vers les salariés précaires qui enchaînent les petits boulots. Cela implique de revoir complètement notre implantation territoriale. La CGT doit être capable d’organiser les salariés sur leur lieu

de résidence, de créer ces espaces collectifs où l’on peut se connaître, se reconnaître. Cela signifie que nous devons redéfinir le périmètre des structures actuelles. Nous devrons, bien entendu, maintenir nos unions locales, mais il faut s’interroger sur leur fonctionnement actuel: correspond-il aux attentes actuelles des salariés ? Je n’en suis pas sûr.

HD. L’un des sports préférés des médias, c’est de prédire le déclin de la CGT ...

M. D. Ce qu’on a vécu dans la dernière période montre bien que la CGT, malgré ses difficultés, est une organisation qui continue de compter. En même temps, c’est dans la nature même du syndicalisme d’être confronté à des difficultés. En tant que syndicalistes, nous sommes au cœur du rapport d’exploitation. Bien sûr, si la CGT renonçait à la lutte des classes, nous serions encensés. Mais notre avenir ne serait pas assuré pour autant. Si la CGT abandonne ses missions de défense de la condition salariale, les travailleurs ne lui feront plus confiance.

La voie est étroite, mais je suis certaine d’une chose: ces 120 ans ne sont qu’un début dans l’histoire de la CGT. Il y aura toujours des salariés qui chercheront à s’unir et à améliorer leurs conditions. Si la CGT n’existait pas, ils l’inventeraient! Certains chiffres donnent des raisons d’espérer: les femmes représentent plus de 45 % de nos nouvelles adhésions; les moins de 30 ans, 17%. Près de 45 000 personnes rejoignent les rangs de la CGT tous les ans, ce qui est considérable. Le problème, c’est qu’il y en a autant qui nous quittent. Identifions le problème: dans notre fonctionnement interne, nous ne répondons peutêtre pas toujours aux aspirations des nouveaux syndiqués. Il y a trop de syndiqués « isolés » qui, après avoir adhéré, se retrouvent un peu laissés à l’abandon.

HD. Comment faire en sorte que cet anniversaire des 120 ans soit réussi ?

M. D. Nous prévoyons une grosse initiative festive en décembre. Nous voulons la tourner vers la jeunesse. Si on peut se dire, à ce moment-là, que nous avons fait changer l’image de la CGT parmi les jeunes salariés, que nous avons fait de nouvelles adhésions, alors c’est qu’on n’aura pas perdu notre temps.

(1) Ouvrières de la couture parisienne surnommées ainsi parce qu'elles prenaient le repas le midi sur le pouce (midinette est la contraction de midi et dînette)


article extrait de l'Humanité Dimanche

Cyprien Boganda , Dominique Sicot

photo :  Lhacene Abib


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